Patrimoine et histoire

Les peintures de l’église

1. L’Annonciation

Ce tableau anonyme se trouve dans une chapelle latérale, à droite de l’autel. Il date du premier XVIIe siècle et témoigne de l’importance des confréries de fidèles dans la diffusion du message chrétien.

Contexte

Le chœur de Saint-Médard ouvre sur plusieurs chapelles latérales dont l’une, située à la droite de l’autel, est consacrée à l’Annonciation, sans doute depuis sa construction en 1609. À partir de 1613, elle est le siège de la confrérie de Notre-Dame, dite La Charité, qui en a peut-être financé l’édification. Selon l’usage, elle était alors séparée de l’église par une boiserie à jour. Derrière l’autel de cette chapelle se dresse contre le mur, un retable composé de deux tableaux qui forment une même composition dont l’Annonciation est le sujet. Cela laisse penser, les tableaux étant datés de 1617, qu’ils ont été placés à cet endroit depuis leur création et sans doute commandés spécialement pour orner la chapelle. Pour peindre ces tableaux, l’artiste s’est inspiré d’une gravure nordique, qu’il a divisée en deux parties pour tenir compte de l’espace qui lui était laissé.

Description

Au registre supérieur, Dieu le Père envoie son esprit. Au registre inférieur, mais au centre du mur, Marie reçoit l’annonce de l’Ange, dans une posture de parfaite humilité et dans un décor structuré par une colonne de marbre rouge qui sépare la Vierge d’un paysage bucolique. Traversant l’espace qui sépare les deux tableaux, la lumière de l’Esprit inonde la scène et assure l’unité de la composition. Sous la scène de l’Annonciation sont assis six personnages de l’Ancien Testament, un patriarche, deux rois et trois prophètes : Moïse, David, Salomon, Isaïe, Jérémie et Aggée. Représentés en vêtements antiques à l’exception des rois qui sont parés de splendides costumes de cour dans le goût de la dernière Renaissance, les six hommes tiennent des inscriptions reprenant les paroles de l’Ecriture qu’ils ont prononcées annonçant la venue du Seigneur et préfigurant ainsi l’Annonciation qui les domine.

On lit ainsi les versets suivants :

  • Deutéronome 18, 15 Prophetam de gente tua et de fratribus tuis sicut me suscitabit tibi Dominus Deus tuus : Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez
  • Psaume 132, 11 De fructu ventris tui ponam super sedem tuam : C’est un homme issu de toi que je placerai sur ton trône
  • Cantique de Salomon 5,1 Veniat dilectus meus in hortum meum : Je suis entré dans mon jardin, ma sœur fiancée
  • Isaïe 7, 14 Ecce virgo concipit et pariet filium : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils
  • Jérémie 31, 22 Creavit Dominus novum super terram femina circumdabit virum : Le Seigneur crée du nouveau dans le pays, la femme entourera l’homme
  • Agée 2,6 – 2,7 Adhuc modicum et veniet desideratus cunctis gentibus : Encore un peu de temps et je vais mettre en branle toutes les nations

Toute l’histoire du Salut, de l’Alliance de Dieu, de l’Incarnation rendue possible par le Fiat de Marie, est ici récapitulée. Le peintre illustre dans le détail le contenu des Ecritures, posées devant la Vierge, dont elle ne quitte la lecture que pour accueillir en son sein la Grâce du Seigneur. Le cardinal de Bérulle (1567 – 1629) dans sa « vie de Jésus », nous livre à la même époque une méditation proche de celle qui s’exprime dans notre œuvre : « Fiat… Alors les paroles de l’Ange s’effectuent, le ciel s’ouvre, le Saint Esprit descend en la Vierge, la vertu du Très-Haut la remplit, l’œuvre des œuvres s’accomplit. »

NB : Ces renseignements nous ont été aimablement communiqués par Guillaume Kazerouni, responsable de la collection d’art ancien du musée de Rennes et spécialiste de la peinture du XVIIe siècle.


2. Jésus chassant les marchands du temple

Ce tableau orne les murs de la chapelle des fonts baptismaux de Saint-Médard, première chapelle en entrant à gauche. Un tableau de jeunesse de Natoire, peintre sous Louis XV

Charles-Joseph Natoire (1700-1777) est davantage connu pour ses décors d’hôtels princiers comme celui de Soubise à Paris, pour sa peinture profane que pour son goût pour les sujets sacrés.
À l’aube de sa carrière, en 1728, à Rome, il s’illustra pourtant en peignant cette grande toile pour un commanditaire qui pouvait se révéler important pour la suite de sa carrière, le cardinal de Polignac, alors ambassadeur de France auprès du Saint-Siège.

Un exercice de style

Ici s’exprime la volonté du jeune peintre de faire état de son talent et le sujet s’y prête admirablement : mouvement énergique du Christ, agitation de la foule, prétexte à des études de visages, de corps en action, contrastes de lumière, construction architecturale du temple en arrière-plan, contre-perspective. Natoire fait valoir sa virtuosité.
Pour autant, le spectateur, un moment étonné par le foisonnement des couleurs, l’enchevêtrement des axes de la perspective, pourrait préférer à tant d’animation une méditation plus inspirée sur cet épisode si singulier de la vie du Christ. La physionomie de Jésus ne laisse pas percer le ressort de sa colère. De cette illustration, quelle analogie entrevoir entre le temple de pierre et le temple véritable, Jésus-Christ lui-même ?

Relire l’épisode dans les quatre Évangiles

Le tableau de Natoire reste malgré tout le prétexte pour ouvrir les Evangiles et relire ce passage, que l’on trouve chez les quatre évangélistes.

  • Marc, XI,15-17 : Il entra dans le temple, et il se mit à chasser ceux qui vendaient, leur disant : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.
  • Luc XIX 45,46 : Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple ; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons ; et il ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple. Et il enseignait et disait : N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.
  • Matthieu XXI, 12-13 : Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple ; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons. Et il leur dit : Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs.
  • Jean II, 13-25 : La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis. Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables ; et il dit aux vendeurs de pigeons : Ôtez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de ta maison me dévore.
  • Les Juifs, prenant la parole, lui dirent : Quel miracle nous montres-tu, pour agir de la sorte ? Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours tu le relèveras ! Mais il parlait du temple de son corps. C’est pourquoi, lorsqu’il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Ecriture et à la parole que Jésus avait dite.
  • Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous, et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l’homme.

3. Zurbaran : la promenade de saint Joseph et de l’enfant Jésus

L’église Saint-Médard conserve en ses murs un tableau du peintre espagnol Francisco de Zurbaran (1598-1664). C’est l’une des très rares œuvres de cet artiste majeur présentée dans une église française.

Saint Joseph est représenté debout, le buste légèrement penché vers l’avant, le regard baissé vers le sol en signe de son humilité. Il est vêtu d’une tunique rouge sombre et drapé dans un grand manteau, qui le fait ressembler à un pèlerin, impression accentuée par le bâton de marche qu’il tient à la main. Au sommet de ce bâton, l’éclosion de quelques feuilles rappelle sa désignation comme époux de Marie, symbole tiré d’un évangile apocryphe. Ces feuilles nouvelles sorties du bois mort peuvent aussi nous faire penser à une annonce de la Résurrection.
Joseph donne la main à l’Enfant Jésus. Il le domine de sa haute taille, mais ne le regarde pas. Il conduit l’enfant en même temps qu’il semble s’incliner devant lui. Jésus, à la gauche du tableau, serre la main de Joseph. Il tient aussi un bâton, mais le sien a une forme de Croix. Son manteau rouge sang évoque aussi la Passion. Son regard est tourné vers le Ciel, vers le haut, vers Joseph bien sûr, vers son Père des cieux d’abord.

L’Enfant-Dieu et son père de la terre

Quand peut avoir lieu cette scène émouvante ? Peut-être un jour parmi d’autres dans les environs de Nazareth, à l’heure où la journée de travail s’achève, où les outils sont remisés, où les derniers rayons dorés du soleil laissent glisser la fraîcheur du soir. La solennité des attitudes, les vêtements de voyage, l’âge de l’enfant, la Croix et le bâton feuillu, rappellent aussi le chemin qui monte vers Jérusalem, celui de la montée au Temple où Jésus se rendit avec ses parents. Dans les Evangiles, c’est la dernière fois que nous entendons parler de Joseph. Sans doute est-il mort peu après, avant la vie publique du Christ. Pour l’heure, on lit dans le regard que Jésus porte sur lui de la douceur, une certaine tristesse et comme une forme de reconnaissance pour cet homme qui a accompagné ses premières années. Dans les mains qui lient l’homme et l’enfant se dessine une nouvelle fois l’Alliance entre Dieu et son peuple. Et la force ne vient pas de l’homme mûr à la haute stature mais de l’enfant qui contemple le Ciel.

La dévotion à Saint Joseph

Le tableau fut commandé pour le maître-autel du couvent San José de la Merci Déchaussé à Séville. Il date de 1636. L’Espagne et l’Europe entière connaissent alors une nouvelle dévotion pour Saint Joseph à la suite de Saint Ignace de Loyola, de Saint Jean de la Croix et de Sainte Thérèse d’Avila, qui écrit dans son autobiographie : « Que ceux qui ne trouveraient pas de maître pour leur enseigner l’oraison prennent pour maître ce glorieux Saint Joseph et ils ne s’égareront pas en chemin. » Zurbaran peint à plusieurs reprises la figure de saint Joseph, dans un « Couronnement de Saint Joseph » du musée de Séville, dans une « Nativité » de Grenoble, dans la « Fuite en Egypte » de Besançon. A peu près à la même époque, Georges de La Tour peint son « Saint Joseph charpentier », conservé au Louvre et « L’Ange apparaissant à Saint Joseph » du musée de Nantes.

La méditation d’un paroissien sur le tableau de Zurbaran :

Un homme se tient au centre du tableau. Un homme, dans la force de l’âge et dont la stature puissante est amplifiée par les plis de ses vêtements. De longs cheveux et une barbe fournie annoncent virilité et maturité. Un homme solidement ancré dans le sol et dont le bâton renforce encore l’impression de stabilité. Ce bâton est robuste. Cet homme est un roc sur lequel on peut s’appuyer, une force sur laquelle on peut compter. A ses côtés se tient un jeune enfant. Le teint pastel -rehaussé de rose- de ses joues souligne son caractère enfantin et frêle. L’effet de lumière sur les pieds de l’enfant nous donne l’impression qu’il touche à peine le sol. Un simple souffle d’air pourrait le déstabiliser. Le bâton qu’il tient et qui se termine par une croix semble bien fragile en comparaison de celui de l’homme. L’homme et l’enfant se tiennent par la main. Ils sont père et fils.
C’est ici la force face à la fragilité, la volonté face à l’hésitation, la responsabilité face à l’insouciance. Voici une image d’Epinal, toute symbolique, du père accompagnant son fils sur le chemin de la vie. Et pourtant…

Le fils est certes excentré, mais le fond sombre devant lequel il se tient et la palette claire utilisée par le peintre le font ressortir avec plus de force que le père qui se trouve au centre du tableau. Ce n’est pas le père qui tient la main du fils. Le fils s’est saisi de la main du père. Ce n’est pas une main ferme qui dirige mais une main qui guide et qui réconforte. L’enfant ne force pas, il soutient, il accompagne en laissant au père sa liberté.
L’assurance et la force ne sont pas du côté du père. Le regard de l’enfant est franc. On n’y lit aucune hésitation. Il monte vers le père. L’homme au contraire ferme les yeux. Il ne faut pas y lire la fuite ou l’évitement mais plutôt la confiance. L’homme baisse la tête. Il ne faut pas y lire un acte de soumission, mais plutôt une acceptation et une humilité pleine de sagesse.
Retirez son bâton à l’homme et il vacille. La croix que l’enfant lui tend, presque une brindille, pourrait se révéler plus solide et plus utile que le bâton que l’homme tient fermement. De satellite, le fils devient axe central. De suiveur, le fils devient guide. D’enfant frêle, le fils devient force. De protégé, le fils devient protecteur. De consolé, le fils devient consolateur. D’insouciant, le fils devient responsable. Ce fils, c’est Jésus. Jésus qui guide et console. Jésus qui tend sa croix, symbole de son Eglise sur laquelle le père pourra s’appuyer. Son regard et son attitude ne trompent pas. Jésus aime et guide… comme un père. Ce père, c’est Joseph. Joseph qui suit avec confiance la voix de Jésus. Joseph qui fait preuve de la plus grande humilité en se laissant guider par cet enfant. Joseph qui resplendit de confiance et de sérénité. Joseph qui devient… enfant de Dieu.

Notre baptême fait de nous des enfants de Dieu. Nous affirmons dans nos prières : « Notre Père ». Mais sommes-nous conscients du sens profond de ces mots ? Ce tableau est un révélateur de la force et de la beauté de ce statut d’ « Enfant de Dieu ». Le lien qui unit dans le tableau saint Joseph à Jésus nous lie également à Dieu. Le tableau de Zurbaran nous montre que nous tous, enfants de Dieu, sommes invités à nous laisser guider par sa parole avec humilité afin de pouvoir avancer dans la vie avec confiance. Que cette confiance ne limite en rien notre liberté. Que malgré les aléas de la vie nous pouvons garder espoir car un Père veille sur nous. Le prophète Isaïe écrivait : « Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fruit de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas »


4. Le Christ mort

Cette peinture sur bois est placée dans une chapelle à la droite du maître autel. Ce tableau est attribué à Philippe de Champaigne (1602 -1674). Son cousinage avec « Le Christ mort sur un linceul » conservé au Louvre pourrait le faire penser.

Dans les deux cas, la facture classique laisse percer une inspiration qui est celle de l’âge baroque. La déploration, la méditation sur la mort, les leçons des ténèbres participent de la dévotion du temps. La diffusion du jansénisme ne va pas à l’encontre de cette tendance, et l’on sait que Champaigne est proche de ce mouvement.

Pense donc que tu n’es que cendre, Et qu’il te faut bien tôt descendre Dans le fond d’un sépulcre noir Où la terre doit te reprendre Et la cendre te recevoir (Motin 1566-1614)

Un tableau qui invite à la prière

Avec ce tableau qui ne laisse nulle place pour l’anecdote, le peintre nous invite à nous confronter à la chair suppliciée du Christ. Le cadrage serré, les teintes sombres du fond ne laissent pas le regard s’évader. Le cadavre, traité de manière réaliste, laissant couler le précieux sang offert pour notre salut, gît dans le silence qui précède la Résurrection. Les instruments de la Passion, les clous, la couronne d’épines sont aussi représentés. Dans cette nuit du tombeau, l’éclairage du corps livide et de son linceul, pâleur blafarde de la mort, vient d’en haut. Dans cette lueur qui dessine le corps du Christ se lit aussi la lumière éclatante de la Transfiguration, annonce de l’éclat ineffable de la Résurrection.

Chrétien, vois sans horreur cet objet odieux. Vois, sous son Masque affreux, de ton Sauveur la Face. Vois, dans sa dure main des nouvelles de Sa grâce. Et sous son manteau noir, la lumière des cieux. (Deulincourt 1626-1680)


5. Le mariage de la Vierge

Ce tableau est situé dans la chapelle de la Vierge. Alexandre-François Caminade (1783-1862), entré à quatorze ans dans l’atelier de David, présente sa version du « mariage de la Vierge » au salon de 1824. L’œuvre est commandée par le préfet de la Seine et donné à la paroisse Saint-Médard en 1825.

Les Evangiles disent peu de choses sur le mariage de la Vierge, évoqué chez Saint Luc. Les légendes ont en revanche fleuri sur cet épisode, depuis les évangiles apocryphes jusqu’à leur compilation médiévale dans la Légende dorée de Jacques de Voragine.

 » Quand elle eut atteint l’âge de quatorze ans, le pontife annonça publiquement que les vierges élevées dans le temple, qui avaient accompli leur temps, eussent à retourner chez elles, afin de se marier selon la loi. Toutes ayant obéi, seule la sainte Vierge Marie répondit qu’elle ne pouvait le faire, d’abord parce que ses parents l’avaient consacrée au service du Seigneur, ensuite parce qu’elle lui avait voué sa virginité. Alors le Pontife fut incertain de ce qu’il avait à faire ; d’une part, il n’osait aller contre l’Ecriture qui dit : « Accomplissez (17) les vœux que vous avez faits » ; d’une autre part, il n’osait induire une nouvelle coutume dans les pratiques suivies par la nation. Une fête des Juifs étant sur le point d’arriver ; il convoqua alors tous les anciens ; leur avis unanime fut que dans une affaire si délicate, on devait consulter le Seigneur. Or, comme on était en prière et que le Pontife s’était approché pour connaître la volonté de Dieu, à l’instant du lieu de l’oratoire, tout le monde entendit une voix qui disait, que tous ceux de la maison de David qui étant disposés à se marier, ne l’étaient pas encore, apportassent chacun une baguette à l’autel, et que celui dont la baguette aurait donné des feuilles, et sur le sommet de laquelle, d’après la prophétie d’Isaïe, le Saint-Esprit se reposerait sous la forme d’une colombe, celui-là, sans aucun doute, devait se marier avec la Vierge. Parmi ceux de la maison de David, se trouvait Joseph, qui, jugeant hors de convenance qu’un homme d’un âge avancé comme lui épousât une personne si jeune, cacha, lui tout seul, sa baguette, quand chacun avait apporté la sienne. Il en résulta que rien ne parut de ce qu’avait annoncé la voix divine ; alors le pontife pensa qu’il fallait derechef consulter le Seigneur, lequel répondit que celui-là seul qui n’avait pas apporté sa baguette, était celui auquel la Vierge devait être mariée. Joseph ainsi découvert apporta sa baguette qui fleurit aussitôt, et, sur le sommet se reposa une colombe venue du ciel. Il parut évident à tous que Joseph devait être uni avec la sainte Vierge. Joseph s’étant donc marié, retourna dans sa ville de Bethléem afin de disposer sa maison et de se procurer ce qui lui était nécessaire pour ses noces. Quant à la Vierge Marie, elle revint chez ses parents à Nazareth avec sept vierges de son âge, nourries du même lait et qu’elle avait reçues de la part du prêtre pour témoigner du miracle. Or, en ce temps-là, l’ange Gabriel lui apparut pendant qu’elle était en prière et lui annonça que le Fils de Dieu devait naître d’elle. »

Les artistes médiévaux puis ceux de la Renaissance se sont emparés de l’épisode, avant que le concile de Trente ne fasse l’effort de démêler ce qui appartenait à une authentique tradition catholique de ce qui relevait de la légende. On connait par exemple un « mariage de la Vierge » de Rosso Fiorentino conservé dans l’église Saint Laurent de Florence, présenté au printemps 2014 à Paris à l’occasion de sa restauration au Louvre. On connait surtout, sur ce même thème le tableau du Pérugin, et celui de Raphaël, qui s’en inspire directement.

L’œuvre de Caminade, à la lumière de Poussin

Caminade connaît évidemment le tableau de Raphaël, mais il choisit un cadrage de la scène beaucoup plus resserré, non plus devant mais à l’intérieur même du temple. La scène est épurée de tous les aspects anecdotiques de la légende dorée. Seule reste la baguette fleurie dans la main de Joseph, représenté comme un homme mûr et non comme un vieillard. L’œuvre de Saint-Médard s’inspire directement du tableau de Nicolas Poussin, « Le Mariage », deuxième de la série des sept sacrements, achevée entre 1636 et 1640. A la manière de David, Caminade épure encore la scène en plaçant derrière un mur antique gravé d’inscription derrière le prêtre. Ce mur et le rideau du Temple concentrent notre regard sur les personnages principaux, saisis comme sur un bas-relief. Les attitudes, les expressions, les drapés participent à une atmosphère de dignité et de gravité, mais aussi de douceur, plus étrangère au monde héroïque et romain de David. L’image du Saint-Esprit, encore présente chez Poussin, disparaît. Le mariage de la Vierge devient l’évocation d’un mariage. L’assistance est réduite au minimum, deux témoins pour chacun des époux. Leurs modèles sont empruntés à Poussin. Par l’alliance passée au doigt, ceux-ci se donnent le sacrement, devant le prêtre qui appelle sur eux la bénédiction du Seigneur. L’union de la Vierge et de Saint Joseph devient ainsi le modèle, l’institution du sacrement qui unit les époux. Caminade poursuivra sa carrière de peintre religieux, notamment en peignant pour Saint-Etienne-du-Mont un cycle de peintures de la vie de la Vierge. Il participera également aux grandes commandes de peintures historiques demandées par Louis-Philippe pour le musée de Versailles.